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PREMIÈRE
PARTIE : LES ÉPOQUES DE FORMATION
Chapitre
I : De la Préhistoire à l’Histoire
L’Egypte
présente une unité géographique :
une longue bande de terres cultivables dont la largeur
ne dépasse guère 40 km, étirée
sur plus de 1000 km depuis Assouan et la frontière
nubienne au Sud jusqu’à la Méditerranée,
entre le plateau libyque et la chaîne arabique.
A
l’Oldowayen, il y a un million d’année, jusqu’à
la période historique, c’était l’endroit
d’Afrique orientale le moins impropre à la vie.
Le
début du peuplement devrait dater de la fin de
la période pluviale abbassienne, au Paléolithique
moyen, c’est-à-dire vers 120 000-90 000 avant notre
ère.
Durant
le pluvial abbassien la culture acheuléenne se
diffuse probablement dans les zones occidentales. La fin
de l’Acheuléen marque une révolution technique
nette : le passage du biface à l’éclat.
Cette période s’étend jusque vers 30 000
av. JC et correspond aux civilisations moustérienne
et atérienne à l’économie de chasse.
- Chasseurs
et agriculteurs
Une
civilisation naît au Paléolithique moyen
vers 45 000 avant notre ère et disparaît
au Paléolithique récent vers 20 000, le
Khormusien (du nom de Khor Musa, non loin de Ouadi Halfa).
La désertification des zones sahariennes semble
avoir poussé les hommes vers la vallée.
Ce groupe combine la nourriture de la savane (bœuf sauvage,
antilope, gazelle) et le produit de la pêche. C’est
à cette époque que se fondent dans la vallée
du Nil les éléments de la future civilisation
des pharaons.
Entre
15 000 et 10 000, la culture du Dabarosa prend le relais
du Khormusien et le passage au microlithe s’accomplit
avec le Ballanien. Parallèlement en Nubie le Gemaïen
a remplacé le Halfien pour arriver à la
culture qadienne où l’on trouve traces d’une tentative
d’agriculture qui ne survécut pas au tournant du
Xe millénaire (le réel passage se fera au
milieu du VIe millénaire peut-être sous l’influence
du Proche Orient). Le type de sépulture et le matériel
retrouvé dans les tombes appréhendent un
style de vie présentant de nombreux points communs
avec les civilisations du Néolithique.
La
coupure essentielle entre Préhistoire et Histoire
se fait à la charnière du VIIe et du VIe
millénaire, période mal connue qui sépare
l’Epipaléolithique du Néolithique. Tout
semble concourir à une modification radicale de
la civilisation. Une nouvelle période subpluviale
favorise l’élevage et l’agriculture, les techniques
du tissage (lin), de poterie et de vannerie.
L’armement
se perfectionne : fines pointes de flèches
en silex poli, harpons d’os. L’organisation de la société
se fait sur une base agricole : l’habitat se fixe
sous forme de fermes destinées aussi bien à
l’élevage (bœufs, chèvres, porcs) qu’à
la culture (silos conservant le blé et l’orge).
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Les
sépultures s’installent hors du monde des vivants, à
la limite des terres cultivables. Le mort reçoit des
offrandes alimentaires et emporte avec lui mobilier et armes.
L’exploration
des sites néolithiques est loin d’être achevée,
ce qui ne permet pas de démontrer s’il existait un clivage
entre le Nord et le Sud du pays. Les sites du Nord possèdent
une industrie de la pierre supérieure (armes, vases)
alors que les sites du Sud se distinguent par la qualité
de la poterie incrustée et rouge à bord noir.
Mais ces différences sont peut-être dues au hasard
des découvertes.
Si
toutefois on postule pour une réelle séparation,
on peut penser que le processus d’unification se serait fait
en quatre étapes, des débuts du Chalcolithique
à l’époque thinite.
- Le
prédynastique " primitif "
La
première étape, le prédynastique "primitif ",
du milieu du VIe au milieu du Ve millénaire, voit le
dernier stade de l’évolution du Fayoum A dans le Nord
et du Badarien (d’après le site de Badari) dans le Sud.
Les
populations du Fayoum vivaient davantage de la pêche et
semblaient posséder une meilleure technique dans la fabrication
des vases de pierre et des armes et outils en silex.
On
remarque, durant cette période, une amélioration
du mobilier et du matériel agricole ainsi qu’une évolution
sensible des pratiques funéraires. Le défunt est
enterré à l’abri d’une peau animale et sa tombe
prend un aspect de plus en plus architectural. Les formes plastiques
naissent : les céramiques du Nord atteignent un
stade très achevé, des objets d’or et d’ivoire
apparaissent (peignes, cuillères à fard, figurines,
bijoux, amulettes à figures humaines ou animales).
Vers
4 500 avant notre ère, l’Amratien, deuxième étape
du processus d’unification, se fait sans modifications profondes.
Elle correspond à la première phase connue du
site d’El-Amra à environ 120 km au sud de Badari, en
plein cœur de cette région qui, d’Assiout à Gebelein,
recèle les gisements prédynastiques les plus riches.
Cette phase a pour correspondant, 150 km encore plus au sud,
la première occupation du site de Nagada (dite Nagada
I).
La
céramique connaît une double évolution :
dans la forme et dans le décor, avec des motifs géométriques
tirés du règne végétal et animal
peints ou incisés.
La
vallée s’ouvre sur l’extérieur par besoin de matières
premières : en Nubie, probablement par caravanes,
à l’Ouest en passant par les oasis, au bord de la mer
Rouge, dans le Sinaï…
L’exploitation
des carrières, localisées dans des zones éloignées
des terres cultivées, oblige les Egyptiens à organiser
de véritables expéditions au cours desquelles
ils doivent s’assurer le contrôle des lieux d’extraction
et des voies de transit. Cette contrainte déterminera
l’un des aspects majeurs de la politique extérieure des
pharaons afin de garantir ces zones contre les incursions de
peuples étrangers.
La
vaisselle de pierre trouvée à El-Amra prête
à penser que les relations entre les groupes culturels
du Nord et du Sud se sont intensifiés.
La
découverte de la culture d’El-Gerzeh a permis de déterminer
une troisième période, le Gerzéen, qui
correspond à la seconde phase de Nagada (ou Nagada II).
Par
rapport à la culture précédente (l’Amratien),
le Gerzéen diffère par la production d’une céramique
qui développe des motifs stylisés : géométrisants
pour reproduire des thèmes végétaux ;
naturalistes pour représenter la faune (autruche, bouquetins,
cervidés). De plus, les poteries et les palettes de fard
s’animent de personnages et de barques transportant des emblèmes
divins.
Les
tombes deviennent des répliques des demeures terrestres
comportant meubles, amulettes, figurines et objets d’apparat
décorés de thèmes représentant des
animaux (lions, taureaux et bovidés, hippopotames, faucons…)
qui symbolisent les divinités.
La
quatrième étape mesure l’influence du Nord sur
le Sud jusqu’à produire une culture mixte, le prédynastique
récent (Nagada III), qui précéda immédiatement
l’unification du pays et que l’on situe aux environs de 3 500
à 3 150 av. JC.
Ainsi,
les données archéologiques montrent que le passage
de la Préhistoire à l’Histoire est le résultat
d’une lente évolution et non d’un brusque bouleversement.
L’étude
des représentations nagadiennes sur vases permet de voir
le cheminement de la stylisation des végétaux
en passant par les animaux pour aboutir aux enseignes divines
qui sont déjà des hiéroglyphes. Il est
possible que les premières inscriptions procèdent
par représentation directe, la notation phonétique
ultérieure pouvant alors être considérée
comme un progrès technique.
L’écriture
égyptienne associe idéogrammes, phonogrammes et
déterminatifs. Les hiéroglyphes sont réservés
aux inscriptions lapidaires et plus généralement
murales et sont gravées, incisées ou peintes.
Pour les documents administratifs, comptables, juridiques ou
l’archivage des textes en général, on a recours
à une écriture cursive appelée "hiératique "
dont dériva, vers le VIIe siècle av. JC une nouvelle
forme appelée "démotique ". Le hiératique
est l’écriture utilitaire, la première que le
jeune scribe apprend à l’école en formant ses
lettres à l’aide du calame sur un tesson de poterie appelé
"ostracon " ou sur une tablette d’argile avec un stylet.
Le papyrus, plus coûteux, est réservé aux
textes importants. Sous l’influence grecque et romaine, l’écriture
évolue vers le copte, notation phonétique qui
deviendra l’écriture de l’Eglise et se maintiendra jusqu’à
nos jours comme langue liturgique.
Le
débat sur la constitution de la civilisation pharaonique
est loin d’être clos. D’un côté, les sources
égyptiennes semblent parler d’un triomphe du Sud sur
le Nord. D’un autre, les données archéologiques
permettent de suivre l’influence croissante des cultures du
Nord sur la Moyenne et la Haute Egypte.
La
documentation directe est essentiellement constituée
de palettes. Objets votifs, elles sont de deux types. Le premier
est fait de figures zoomorphes simples, le contour de la palette
représentant le corps de l’animal (tortues, poissons,
hippopotames…). Le second commémore des événements
et combine des figurations symboliques et des notations historiques
dans lesquelles l’homme apparaît.
Dans
toutes les compositions, il s’agit d’animaux redoutables symbolisant
la puissance animale que l’homme doit affronter et dominer.
En exemples : la palette "aux autruches " (Manchester),
la palette "de la chasse " (British Museum et Louvre).
Deux
palettes de Hierakonpolis (musée du Louvre) sont délimitées
par deux chiens affrontés entre les corps desquels évoluent
lions, cervidés, taureaux… dans un enchevêtrement
inextricable.
La
palette "aux vautours " (British Muséum et Ashmolean
Museum) relate un affrontement purement humain de manière
symbolique : un lion, image du pouvoir royal tout comme
le taureau, et des vautours, divinité tutélaire
d’Hierakonpolis, massacrent des guerriers de type nubien. De
même, la palette "aux taureaux " met en scène
un taureau en train d’écorner un individu de l’ethnie
du Nord.
Les
deux témoins de la phase ultime de la conquête
proviennent également de Hierakonpolis.
Le
premier est une tête de massue appartenant à un
roi coiffé de la couronne blanche du Sud qui aménage
un canal à l’aide d’une houe. Le nom du roi est indiqué
par un pictogramme figurant un scorpion.
La
palette de Narmer (musée du Caire) donne la dernière
étape. Au verso, le roi, dont deux hiéroglyphes
écrivent le nom – le poisson nar et le ciseau mer – fracasse
la tête d’un homme explicitement désigné
comme appartenant au royaume du Nord. Le recto affirme le triomphe
de Narmer : en bas, un taureau défonce une enceinte
crénelée en piétinant l’ennemi vaincu ;
en haut, le roi est coiffé de la couronne rouge du Nord.
Une autre tête de massue confirme cette victoire :
on y voit le roi recevoir l’hommage des captifs.
Ces
documents, appuyés à leur tour par d’autres, comme
la palette "du tribut libyen ", confortent l’hypothèse
de la constitution d’un état où l’on retrouve
déjà tous les éléments du pouvoir
pharaonique, de la religion à l’écriture en passant
par l’économie, l’habitat et les structures du gouvernement.
.
Chapitre
II : Religion et Histoire
Dès
l’époque prédynastique, les emblèmes ont
représenté les provinces composant le pays :
un
oryx sur un pavois représente la région de Beni
Hassan, un lièvre la province voisine d’Achmounein, un
dauphin celle de Mendès… Ils symbolisent peut-être
la divinité locale (les flèches et le bouclier
de la déesse Neïth pour Saïs, le sceptre-ouas
pour Thèbes, le reliquaire de la tête d’Osiris
pour Abydos) ou une structure politique (" muraille blanche "
figurant l’enceinte de Memphis).
Elles
sont au nombre de trois mais représentent les variations
politiques d’un seul et même thème : la création
par le soleil à partir de l’élément liquide.
La
cosmologie héliopolitaine est la plus ancienne. Au
début était le Noun, élément liquide
incontrôlé ou "chaos " qui, après la
création, reste cantonné aux fanges du monde organisé
qu’il menace d’envahir si l’équilibre de l’univers est
rompu. Il est le séjour des forces négatives et
de ce qui échappe aux catégories de l’univers :
les âmes en peine qui n’ont pas bénéficié
des rites funéraires appropriés ou les enfants
mort-nés. De ce chaos est issu le soleil "qui est venu
à l’existence de lui-même ". Son apparition
se fait sur une butte de terre émergeant de l’eau, symbolisée
par la pierre benben, objet d’un culte à Héliopolis.
Ce dieu, qui est son propre créateur, est alternativement
Rê, le soleil proprement dit, Atoum, l’être achevé
par excellence ou encore Khepri, représenté sous
la forme d’un scarabée.
Le
démiurge, en se masturbant, met au monde un couple, le
dieu Chou, le Sec, et la déesse Tefnout, l’Humide. De
l’union du Sec et de l’Humide naît un deuxième
couple : le Ciel Nout et la Terre Geb. Ils ont quatre enfants :
Isis et Osiris, Seth et Nephtys. Le second couple est stérile.
Le premier, qui est fertile, constitue le prototype de la famille
royale.
Osiris,
roi d’Egypte, est assassiné par son frère Seth,
contrepartie négative et violent de la force organisatrice
symbolisée par le pharaon. Il s’empare du trône
après sa mort. Isis, modèle de l’épouse
et de la veuve, aidée de sa sœur Nephtys, reconstitue
le corps dépecé de son mari. Anubis, le chacal
né des amours illégitimes de Nephtys avec Osiris,
embaume le roi défunt. Puis Isis donne le jour à
un fils posthume, Horus, homonyme du dieu solaire d’Edfou et,
comme lui, incarné par un faucon. Elle le cache dans
les marais du Delta à proximité de la ville sainte
de Bouto avec la complicité de la déesse Hathor,
la vache nourricière. L’enfant grandit, et après
une longue lutte contre son oncle Seth, obtient du tribunal
des dieux présidé par son grand-père Geb
d’être réintégré dans l’héritage
de son père qui lui se voit confier le royaume des morts.
A
ce schéma du règne des dieux se greffent de nombreuses
légendes secondaires.
Il
est peu question de la création même des hommes
qui semble contemporaine à celle du monde. Une exception,
la légende de "l’œil de Rê ". Le soleil perd
son œil. Il envoie ses enfants Chou et Tefnout à la recherche
du fugitif mais le temps passe sans que ceux-ci ne reviennent.
Il décide donc de remplacer l’absent. Entre-temps, l’œil
fugitif revient et se voit remplacé. De rage, il se met
à pleurer et de ses larmes (remout) naissent les hommes
(remet). Rê le transforme alors en cobra et l’accroche
à son front : il est l’ur³ us chargé de foudroyer
les ennemis du dieu.
Le
thème de l’œil endommagé ou remplacé connaît
plusieurs développement. Il sert aussi à expliquer
la naissance de la lune, second œil de Rê confié
à Thot, le dieu scribe à tête d’Ibis. Il
évoque également l’œil "sain " d’Horus. Celui-ci
en effet perdit un œil lors du combat qui l’opposa à
Seth pour la possession du royaume d’Egypte ; Thot le lui
aurait rendu et en aurait fait le prototype de l’intégrité
physique. C’est la raison pour laquelle il figure d’ordinaire
sur les cercueils où il garantit au mort le plein usage
de son corps.
Rê,
roi des dieux, doit lutter pour conserver son pouvoir que tentent
de lui ravir chaque nuit lors de sa course dans l’au-delà
des ennemis acharnés conduits par Apophis, personnification
des forces négatives.
D’autres
tentatives sont menées contre le roi des dieux. Par exemple,
Isis, la Grande Magicienne, tente de prendre le pouvoir sur
Rê en le faisant mordre par un serpent. Pour être
sauvé, il doit révéler à la déesse
ses noms secrets.
L’Egypte
possède aussi le mythe de la révolte des hommes
contre leur créateur qui décide de les détruire.
Il envoie sur terre son œil sous la forme de la déesse
Hathor. Celle-ci dévore en un jour une partie de l’humanité
puis s’endort. Rê, jugeant la punition suffisante répand
de la bière qui, mêlée aux eaux du Nil,
à l’apparence du sang. A son réveil, la déesse
lape ce breuvage et s’écroule, ivre. L’humanité
est sauvée mais Rê, déçu par elle,
se retire dans le ciel, sur le dos de la vache céleste
qui sera soutenue par le dieu Chou. Il remet l’administration
de la Terre à Thot et les serpents, insignes de la royauté,
à Geb.
La
cosmologie hermopolitaine : Hermopolis, aujourd’hui
Achmounein à environ 300 km du Caire, capitale du XVe
nome de Haute Egypte a élaboré sa propre cosmologie.
Le point de départ est le même qu’à Héliopolis :
un chaos liquide dans lequel s’ébattent quatre couples
de grenouilles et de serpents qui s’unissent pour créer
et déposer un œuf sur une butte émergeant de l’eau.
Ces couples sont chacun composé d’un élément
et de sa parèdre : Noun et Naunet, l’océan
primordial, Het et Hehet, l’eau qui cherche sa voie, Kekou et
Keket, l’obscurité, Amon, le dieu caché et Amaunet.
La
troisième cosmogonie est connue par un document unique
et tardif (règne du souverain kouchite Chabaka à
la charnière du VIIe et VIe siècle av. JC). Il
s’agit d’une dalle en granit provenant du temple de Ptah à
Memphis et conservée au British Museum. Elle combine
les éléments des deux précédentes
tout en reconnaissant au dieu local Ptah le rôle de démiurge.
La création se fait par combinaison de la pensée
et du verbe.
L’intégration
du mythe à l’Histoire est connue par les listes royales
qui reproduisent les données des cosmogonies (plus particulièrement
celle de Memphis) et évoquent l’Age d’Or durant lequel
les dieux ont régné sur Terre.
Au départ se trouve le fondateur Ptah dont le rôle
est proche de celui de Khnoum le potier qui a créé
l’humanité sur son tour avec de l’argile. Rê lui
succède. Il est le prototype de la royauté qu’il
cédera à Chou, l’air, séparateur de la
Terre et du Ciel. Suivront Geb puis Osiris. Enfin, c’est Horus
qui monte sur le trône. Le Canon de Turin donne ensuite
une séquence de trois dieux : Thot, Maât,
représentant l’équilibre, et un Horus dont le
nom est perdu. Neuf dieux leur succèdent et assurent
la transition vers le pouvoir des fondateurs humains. Le Canon
de Turin cite le premier "roi de Haute et de Basse Egypte " :
Meni (Ménès chez Eratosthène et Manéthon)
qui est peut-être Narmer ou le roi Scorpion. La pierre
de Palerme parle du roi Aha qui serait peut-être le "nom
d’Horus " de Narmer-Ménès.
.
Chapitre
III : La Période Thinite
Les
deux premières dynasties (3150-2700) qualifiées
de thinites par Manéthon, du nom de leur ville d’origine
supposée, This, non loin d’Abydos, commencent avec Aha.
On n’en connaît que ce que nous révèlent
la Pierre de Palerme et les tombes trouvées à
Memphis et à Abydos.
Si
Aha ne fait qu’un avec Narmer, c’est lui qui a fondé
la ville de Memphis et qui a introduit le culte du crocodile
Sobek dans le Fayoum ainsi que le culte du taureau Apis. On
suppose qu’il a organisé le pays nouvellement unifié
en menant une politique de conciliation avec le Nord. Si son
règne fut pacifique, il inaugure une série de
guerres qui mèneront ses successeurs contre les Nubiens
et les Libyens et entreprend le commerce avec la Syro-Palestine.
Le
règne de Djer amplifie la politique extérieure
du pays : expéditions en Nubie jusqu’à Ouadi
Halfa, peut-être en Libye et au Sinaï. Il poursuit
l’organisation du pays sur le plan économique et religieux,
fonde le palais de Memphis et se fait inhumer à Abydos.
A en juger par le mobilier funéraire trouvé dans
les tombes de ses contemporains, son règne a dû
être prospère.
Il
est probable que dans un premier temps, les Egyptiens utilisaient
un calendrier lunaire avant d’opter pour un calendrier fondé
sur un phénomène facilement observable, la crue
du Nil. Ils répartirent l’année en trois saisons
de quatre mois correspondant au rythme agricole déterminé
par la crue. La première est l’inondation (Akhet), la
deuxième la germination (Peret) et la troisième
la récolte (Chemou).Or le début de la montée
des eaux est observable à Memphis au moment du lever
héliaque de Sirius (le 19 juillet).
Le
phénomène était déjà observé
sous le règne de Djer : une plaquette d’ivoire datant
de son règne, sur laquelle est représentée
une vache couchée portant entre ses cornes une pousse
de plante, symbolise la déesse Sothis, l’étoile
de Sirius.
Le
successeur de Djer, Ouadji (Serpent) mena une expédition
vers la mer Rouge, dans le but probable d’exploiter les mines
du désert oriental.
Den
(Ousaphaïs chez Manéthon), le quatrième roi,
a laissé le souvenir d’un règne glorieux et riche.
Il mena une politique extérieure vigoureuse tournée
vers le Proche-Orient et une politique intérieure active.
Il est le premier à ajouter à sa titulature le
nom de " roi de Haute et de Basse Egypte (nysout-bity).
Le
règne de Den est évalué à près
d’un demi-siècle, ce qui explique la relative brièveté
de celui de son successeur Adjib , suivi par Selerkhet puis
par Qaâ qui clôture la Ire dynastie.
Le
pouvoir semble s’être déplacé vers Memphis.
Les trois premiers rois de la IIe dynastie se font enterrer
à Saqqara : Hotepsekhemoui (" les Deux Puissants
sont en paix "), Nebrê (" Rê est (mon)
maître ") et Nineter (" celui qui appartient
aux dieux "). Les successeurs de Nineter , Ouneg et Senedj
ne sont guère connus que par les listes royales et des
inscriptions sur vases provenant de la tombe de Djoser. Il se
pourrait que leur pouvoir se soit limité à la
région memphite. Le dernier a été contemporain
du roi Peribsen dont on connaît la sépulture à
Abydos, que lui aménagea son successeur local Sekhemib
(" l’homme au cœur puissant "). Ces éléments
invitent à penser que les relations entre les deux royaumes
se sont détériorées vers la fin du règne
de Nineter.
Les
choses changent avec Khâsekhemoui (" les Deux Puissants
sont couronnés ") qui réunifie le pays, et
entame une vigoureuse politique de construction. A la suite
de Manéthon, on arrête la période thinite
à son règne sans raison particulière. La
dynastie est déjà davantage memphite que thinite
et le règne de Khâsekhemoui voit la fin des affrontements
entre le Nord et le Sud ainsi que la mise en place définitive
des structures économiques, religieuses et politiques
du pays.
L’essentiel
des institutions est déjà en place. Le principe
de la transmission du pouvoir par filiation directe sur lequel
repose l’institution pharaonique fonctionne déjà.
De même, le roi porte désormais les trois noms
qui constituent la base de la titulature : le nom d’Horus
qui exprime la nature de l’hypostase du dieu héritier
du trône, celui du roi de Haute et Basse Egypte (nysout-bity)
et, depuis le roi Semerkhet, un nom de nebty qui est probablement
le reflet de la carrière du prince héritier antérieure
à son couronnement.
L’organisation
de la maison royale est désormais ce qu’elle sera dans
les siècles qui suivent. Le palais, construit en brique,
abrite en même temps les appartements privés, le
harem, et l’administration. Le roi assume théoriquement
l’ensemble du pouvoir et est assisté par de hauts fonctionnaires.
Une double institution, la chancellerie de Basse Egypte et celle
de Haute Egypte, se charge par l’intermédiaire de scribes,
du recensement, de l’organisation de l’irrigation et tout ce
qui touche au cadastre. Elle s’occupe de la collecte des taxes
et de la redistribution des biens qui sont versés à
des " trésors " et des " greniers "
spécialisés dans les céréales, les
troupeaux, la nourriture en général. Ces organes
du pouvoir central traitent avec des rouages locaux qui sont
répartis en provinces que les Grecs ont appelées
" nomes " et les Egyptiens sepat puis qâh (22
nomes pour la Haute Egypte, 20 pour la Basse Egypte) sous la
responsabilité des nomarques.
On
ne sait rien de l’organisation militaire du pays mais on peut
supposer que le système en vigueur par la suite est déjà
en place. On peut se faire une bonne idée de l’architecture
d’après les représentations de forteresses, le
plan de la partie fortifiée d’Abydos ou l’enceinte archaïque
de Hierakonpolis.
Pour
l’architecture civile, on est réduit essentiellement
aux pions de jeux représentant des maisons et aux représentations
des façades de palais trouvées dans les tombes.
Ces dernières constituent la principale source d’information
de l’art thinite : objets d’ivoire et d’os, la " faïence
égyptienne ", la céramique et les vases en
pierre. La petite statuaire est abondante et variée.
La grande statuaire, elle, est encore rugueuse et figée.
.
SECONDE
PARTIE : L'ÂGE CLASSIQUE
Chapitre
IV : L’Ancien Empire
- L’avènement
de la IIIe dynastie
Avec
la IIIe dynastie (2700-2625) commence l’Ancien Empire. Cette
période est peu connue.
La
liste des pharaons s’établit comme suit :
- Nebka
(cité dans le papyrus Westcar)
- Djoser,
l’Horus Netery-Khet
- Djoserti
ou Djoser(i)teti (cité dans le canon de Turin) dont
le nom d’Horus est Sekhemkhet. Il laisse une pyramide inachevée
à Saqqarah.
- Nebkarê
( ?) ou Néferka(rê), nom d’Horus Sanakht
( ?)
- Houni,
nom d’Horus Khâba ( ?)
- Un
pharaon du nom d’Horus Zahedjet attend d’être identifié
à un des pharaons précédents.
.
Djoser
a promu l’architecture en pierre : sa pyramide lance un
nouveau type architectural qui sera adopté par ses successeurs
jusqu’à la fin du Moyen Empire.
Le
roi comme son vizir sont plus connus par leur légende
que par les données historiques. Imhotep, grand prêtre
d’Héliopolis, prêtre-lecteur, architecte en chef
sera divinisé à la Basse Epoque.
.
Elle
est aussi peu connue que le début de la dynastie. Par
manque de documents explicites, les archéologues suggèrent
un ordre de succession fondé sur l’évolution architecturale
de la sépulture royale. On a découvert sur le
site de Zaouiet el-Aryan, à mi-chemin entre Gizeh et
Abousir, deux pyramides.
La
plus méridionale s’inspire nettement de celle de Djoser
et de Sekhemkhet à Saqqarah. Il est attribué à
l’Horus Khâba que l’on a rapproché du roi Houni
qui serait le dernier roi de la dynastie.
Il
reste à trouver une place à l’autre constructeur
de Zaouiet el-Aryan que les graffiti identifient comme l’Horus
Nebka(rê) ou Néferka(rê).
Premier
pharaon de la IVe dynastie, il eut un règne long (peut-être
40 ans) et glorieux et sera pris pour modèle par les
rois du Moyen Empire. Il entreprend des expéditions en
Nubie et au Sinaï et se fait construire au moins trois
pyramides : une sur le site de Méidoum, abandonnée
pour le site de Dahchour où il en a deux.
Le
site de Giza, dominé par les pyramides de Chéops
et de ses successeurs, reste la nécropole par excellence
de la IVe dynastie.
En
dehors d’une tradition littéraire de la première
Période Intermédiaire qui ne lui accorde pas une
bonne réputation, Chéops, en égyptien Khoufou,
abréviation de Khnoum-koue-foui (Khnoum me protège)
est peu connu.
Chéops
eut deux fils.
Djedefrê
(Didoufri) lui succède. Il est le premier à porter
dans sa titulature le nom de " fils de Rê "
et quitte Giza pour se faire enterrer à Abou Roach. Kaouâb,
le prince héritier, meurt avant son frère et c’est
Chéphren, le demi-frère de Djedefrê qui
prend la succession.
Chéphren
conserve le titre de fils de Rê en développant
l’affirmation de l’importance d’Atoum face à Rê.
C’est de son règne que date le premier exemple de sphinx
royal. Le grand sphinx de Giza porte son visage.
Son
fils, Menkaourê ou Mykérinos selon la transcription
d’Hérodote, lui succède.
Le
fils de Mykérinos, Chepseskaf, achève le complexe
funéraire de son père mais se fait enterrer à
Saqqarah. Il est le dernier roi de la IVe dynastie, celle des
grands bâtisseurs.
- Ouserkaf
et les premiers temps de la Ve dynastie
Durant
son court règne, Ouserkaf se fait construire non loin
du complexe de Djoser une modeste pyramide et inaugure la tradition
d’édifier à Abousir un temple solaire, réplique
de celui d’Héliopolis, ville dont se réclame la
nouvelle dynastie.
Le
nouvel ordre des choses est exprimé dans le nom d’Horus,
iry-maât, " celui qui met en pratique Maât.
Le pharaon se considère comme celui qui remet en ordre
la création.
C’est
également sous son règne que dateraient les rapports
de l’Egypte avec le monde égéen.
- La
suprématie héliopolitaine
La
Ve dynastie semble avoir ouvert l’Egypte sur l’extérieur,
vers le Nord et vers le Sud. Les reliefs du temple funéraire
du successeur d’Ouserkaf, Sahourê, montrent des représentations
de pays vaincus et le retour d’une expédition maritime,
probablement à Byblos avec des prolongements dans l’arrière-pays
syrien. On lui prête également une campagne contre
les Lybiens.
Le
règne des successeurs immédiats de Sahourê,
Neferirkarê-Kakaï, Rênéferef, Chepseskarê,
est peu connu.
Niouserrê
est connu par le temple funéraire édifié
à Abou Gourob, retrouvé presque complet et donnant
une idée de ce que devait être son modèle
héliopolitain.
Sous
son successeur Menkaouhor, un certain changement intervient.
Les fonctionnaires provinciaux et ceux de la Cour ne sont plus
nécessairement choisis parmi les membres de la famille
royale et gagnent en puissance et en autonomie, minant progressivement
l’autorité centrale.
Izézi
prend ses distances avec le dogme héliopolitain. Il ne
construit pas de temple solaire et se fait enterrer à
Saqqara-sud, plus près de Memphis. Durant son long règne,
il mène une politique extérieure : mines
du Sinaï et d’Abou Simbel, Byblos et le pays de Pount.
L’accroissement du pouvoir des fonctionnaires continue. Les
vizirs de l’époque, dont le plus célèbre,
Ptahhotep, connu par son Enseignement, ont laissé de
riches tombeaux.
Ounas
serait le dernier roi de la Ve dynastie. On arrête généralement
la période classique de l’Ancien Empire à son
règne, la décadence de la première Période
Intermédiaire débutant avec la VIe dynastie.
- Naissance
de la VIe dynastie
L’Ancien
Empire est à son apogée mais les féodalités
menacent le pouvoir central. S’y ajoute une nouvelle menace :
l’absence d’héritier mâle. Téti monte sur
le trône et, afin de légitimer son pouvoir, épouse
une fille d’Ounas qui lui donnera Pépi Ier. Il pratique
une politique de pacification et d’alliance avec la noblesse
et continue les relations internationales. Selon Manéthon,
il périt assassiné. Ouserkarê lui succède
mais son règne fut bref.
Pépi
Ier monte sur le trône très jeune et a un long
règne d’au moins quarante ans. Une conspiration dans
le harem laisse supposer que son règne ne fut pas facile.
Il
mène une politique de présence en ordonnant de
grands travaux dans les principaux sanctuaires de Haute Egypte :
Dendera, Abydos, Eléphantine, Hiérakonpolis.
Le
fils de Pépi Ier, Mérenrê Ier, poursuit
la politique de son père : exploitation des mines
du Sinaï, des carrières d’Eléphantines et
de Nubie. Il garde le contrôle de la Haute-Egypte et mène
des campagnes en Syro-Palestine et en Nubie.
A
sa mort, son demi-frère Pépi II lui succède
alors qu’il n’est âgé que de dix ans.
La
tradition veut que Pépi II ait gouverné durant
94 ans. Cette longévité entraîna probablement
la sclérose des rouages de l’administration ainsi qu’une
crise de succession.
La
liste royale d’Abydos mentionne un Mérenrê II qui
n’aurait régné qu’un an et serait l’époux
de Nitocris qui, selon, Manéthon, fut la dernière
reine de la VIe dynastie.
L’Ancien
Empire se termine par une période confuse durant laquelle
la désagrégation de l’administration centrale
s’accélère.
Celle-ci
est comparable à une pyramide au sommet de laquelle se
trouve le roi qui, en fait, ne traite que les affaires militaires
et religieuses. Pour l’essentiel, il passe par le vizir (tjaty).
Au
début de l’Ancien Empire, la fonction de vizir est confiée
à des princes de sang.
Le
vizir est en quelque sorte le chef de l’exécutif et a
compétence dans presque tous les domaines.
A
la même époque apparaît le " Chancelier
du Dieu " qui se charge des expéditions aux mines
ou aux carrières, des voyages commerciaux à l’étranger
et qui se voit attribuer une troupe armée.
Signe
d’affaiblissement du pouvoir central, la charge de vizir est
dédoublée sous Pépi II de façon
à coiffer séparément la Haute et la Basse
Egypte.
Du
vizir dépendent 4 départements de l’administration
auxquels s’ajoute l’administration provinciale :
- Le
Trésor, c’est-à-dire le " Double Grenier "
gère l’ensemble de l’économie et reçoit
l’impôt.
- L’agriculture
est subdivisée en deux ministères : le
premier s’occupe des troupeaux à travers deux " maisons ",
le second a charge des cultures proprement dites : le
" service des champs " et celui des terres gagnées
par l’inondation.
- Le
département des archives royales conserve les titres
de propriété et tous les actes civils (contrats
et testaments) ainsi que les textes des décrets royaux.
- Le
département de la justice applique les lois.
A
côté du gouvernement, l’administration locale repose
sur le découpage du pays en nomes dont l’administrateur
est avant tout chargé de l’entretien de l’irrigation
et de la conservation des domaines. C’est elle qui connaît
l’évolution la plus sensible durant l’Ancien Empire :
la charge des nomarques devient héréditaire en
fait.
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